Cher Bonheur.

Publié le par Luz

[Ecrit d'un trait, inexplicablement ...]

 

J’ouvre les yeux. Le soleil remplit la pièce, et la clarté du jour me fait l’effet d’une douche tiède. Cette douce lumière qui semble s’incruster dans chaque parcelle de mon corps est le plus beau des réveils imaginables. Mais je sais la provenance réelle de ce bonheur liquide. Je me tourne légèrement, plongée avec délices dans les plumes de l’oreiller, noyée sous le poids de la couette. Il dort. Ses paupières ornées de longs cils noirs forment un contraste angélique avec sa peau si claire et si pure. Je l’aime. Et l’idée s’impose à moi avec plus de force que n’importe quelle idéologie. Je suis consciente du danger, je ne devrais pas lui vouer un tel culte mais il est impossible de commander à ses plus profonds ressentis. Je ne crois pas qu’un tel bonheur soit éternel, il faudra le payer un jour ou l’autre, c’est obligé.

L’amour coûte cher.

J’attends, dans le silence des oiseaux, qu’il achève ses rêves. Avec le sentiment d’une chose interdite, je me blottis contre lui, respirant lentement son parfum d’homme-enfant. Et puis, dans cette immobilité choisie, dans cette tranquillité forcée, je m’assoupis à nouveau, espérant avec ferveur rejoindre ses plus beaux songes.

 

___

 

Aujourd’hui, l’ascenceur est en panne. Ce ne sera que le 364ème jour sur 365, j’ai l’habitude. Mes vieilles jambes ne me portent encore pas trop mal, je descends donc les 5 étages à pied. Au 4ème, je croise une femme, plutôt jeune, un vrai canon. Des traits fins, une chevelure sauvage à vous couper le souffle. Ses yeux brillants étaient lumineux, d’un bleu indigo rare. Tout à mon examen esthétique, je remarquai en dernier l’expression de rage désespérée qui tendait son visage. Surpris, je faillis louper une marche. A ma grande surprise, l’inconnue stoppa net son ascension, refit quelques pas en sens inverse et me pris le bras.

-« Monsieur, tu ne t’es pas fait mal ? »

-« Non, non, tout va bien, merci. » balbutiai-je. Je ne comprenais plus rien, enchanté par son parfum. Son attitude était si étrange, sa façon de se mouvoir si fascinante. Elle paraissait légère et souple, féline, et cela ravissait mes yeux de vieil homme.

Elle inclina légèrement la tête pour me regarder, le regard lointain. Mon bras était toujours prisonnier de sa main fraîche.

-« Monsieur, as-tu déjà connu l’amour ? » me demanda-t-elle.

-« Non, je ne crois pas. » répondis-je, avec une franchise que me surprit moi-même.

-« Ah. Je me sens si seule. » Les larmes pointaient, sa voix faiblit pour s'achever en un soupir.

Puis elle me quitta soudainement, et reprit sa marche vers le haut de l’immeuble, un poids visible sur les épaules.

Je finis de descendre l'escalier, et, arrivé en bas, je cherchai à apercevoir le toit, inquiet tout d’un coup. Une vilaine idée me vint, et je soupçonnais qu’elle avait également traversé l’esprit malade de cette jeune beauté.

Sans avoir le temps de faire un geste de plus, je vis une silhouette noire chuter du rebord, 10 étages plus haut.

 

Les sirènes hurlantes me parvinrent aux oreilles, vague bruit de fond. Je n’avais pas bougé d’un cil, choqué, triste. Enfin, je me déplaçais avec pénibilité, et me forçais à marcher vers l'épicerie, but ultime de mon voyage. Une pensée, plus puissante qu’un arrêt cardiaque, me remplit de peine.

Comme une évidence, je pensai :

« Oui, grâce à toi, l’espace de quelques minutes, j’ai connu l’amour. »
Cela sonnait et résonnait dans ma tête, à me rendre sourd.
 

Aux infos, le soir même, la présentatrice annonça qu’une scène étrange occupait l’ensemble de la police criminelle dans le quartier Est. Un corps de femme retrouvé au bas d’un immeuble de 10 étages, clairement tombé du toit, et celui d’un vieillard, à quelques mètres de là, mort de façon inexplicable.

Un homme, devant son téléviseur, reconnut le visage de la femme, et deux grosses larmes s’échappèrent d'entre ses longs cils noirs...

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Commenter cet article
P
<br /> <br /> bizarre cette sensation de cette homme qui regarde sa vie, l'amour et sa mort en quelques minutes<br /> <br /> <br /> bon week end de pâques<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Merci toi aussi ! Surtout plein de chocolat.<br /> <br /> <br /> Est-ce trop bizarre ?<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> étrangement beau !<br /> Pourquoi ai-je l'impression que la petite Luz a pris de la maturité dans son écriture .<br /> Heureux de te retrouver !<br /> <br /> <br />
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L
<br /> J'avais pourtant un sentiment d'inachevé ..<br /> <br /> <br />